HISTOIRE DU BOUTIS PROVENÇAL

C’est vers la Sicile et l’Inde au XIVème siècle qu’il faut se tourner pour retrouver les origines de cette technique de broderie en relief, la Sicile précédant quelques peu l’Inde. Issue de cette  région d’Italie, on connaît la très belle pièce réalisée en lin blanc (entre 1360 et 1400) racontant l’histoire deTristan et Iseult appelée « Coperta de Guicciardini » ou « Tristan Quilt » et qui a la particularité de  présenter des personnages brodés, ce qui est relativement rare dans l’art du boutis, les visages restant assez difficiles à réaliser.

L’ouverture de nouvelles voies maritimes et le goût de l’exotisme vont permettre à la ville de Marseille de se lancer dans la production des « indiennes » (toiles de  coton  imprimées  venues  d’Indes) dont  la demande ne cesse  de  croître.

Mais en 1686, sous la pression des drapiers et des soyeux qui se trouvent face à une trop grande concurrence, la production, l’importation et l’usage de ces toiles sont interdits dans tout le royaume.

Marseille, alors port franc, échappe à la  prohibition mais a du mal à écouler sa production et le chômage menace !

On autorise alors l’entrée de toiles blanches sur le territoire français, évitant ainsi une grave crise  économique et permettant du même coup à la technique de broderie au boutis de prendre tout son essor.

Sous le règne de Louis XIV la confection de ces ouvrages fut pratiquée  en Provence presque comme une industrie et donna un moyen de subsistance à de nombreuses familles qui réalisaient courtepointes, vannes, jupons, caracos, etc. …

A la fin du XVIIème siècle, 6 000 femmes œuvraient pour réaliser entre 40 et 50 000 de ces ouvrages de luxe essentiellement destinés à l’exportation pour une noblesse royale déjà conquise par le « made in France » comme le prouvent les inventaires royaux.

Avec  la levée de la prohibition des « indiennes » dans le royaume de France, de nombreuses manufactures se créèrent, les productions de Marseille furent frappées de droits exorbitants et les ateliers cessèrent peu à peu leur activité.

Au XIXème siècle le boutis fut essentiellement réalisé dans un cadre familial, ce qui donna naissance à des pièces techniquement moins bien réalisées mais permit un renouveau stylistique qui fit oublier une exécution approximative.

L’iconographie est alors très symbolique et les jupons de mariage par exemple sont de véritables livres ouverts pour qui sait les lire, cœurs, gerbes de blé, coupes d’abondance sculptées où fleurs et fruits évoquent la fertilité de la terre nourricière.

C’est dans les années 1980, et suite à la redécouverte du patchwork, que les français renouent avec les traditions textiles provençales et redécouvrent avec passion cette technique oubliée où créativité et dextérité vont de pair pour créer de véritables œuvres d’art.   

Tout comme moi, quelques créateurs textiles ancrés dans leur époque se sont emparés de cette technique pour en faire leur unique moyen d’expression et lui donnent ainsi un nouveau souffle, permettant que ce savoir-faire perdure mais plus encore évolue avec son temps et attire à lui les nouvelles générations.
Personnellement j'utilise parfois la machine à coudre (en piqué libre) pour réaliser certaines pièces, comme par exemple les deux boutis présenté ci-dessous, l'important étant pour moi le résultat final et non à fidélité à des techniques figées dans le temps.

(Pour en savoir plus à ce sujet, allez ICI dans la rubrique TECHNIQUE DU BOUTIS) 

 

L’origine du mot « boutis » semble venir du nom du bâtonnet de buis utilisé pour la mise en relief.         

 

Pour en savoir encore plus sur le BOUTIS, je vous conseille :

 -« Boutis des villes Boutis des champs ».  F. Nicolle.  EDISUD

 -« Piqué de Provence ». Collection  A.J. Cabanel .  EDISUD

  -« Boutis de Provence » .  K.Berenson . Flammarion